Depuis Morogoro, le trajet jusqu'à la porte de Mikumi dure une heure et demie sur route bitumée. L'A7 grimpe à travers le col de Mikumi, entre les chaînes de l'Uluguru et du Rubeho, et lorsqu'elle franchit le col, la plaine inondable de Mkata s'ouvre en contrebas : plate, pâle, immense, une centaine de kilomètres carrés de savane herbeuse ouverte et de marécage saisonnier que les habitants appellent le mini-Serengeti. Vous n'avez pas encore franchi la porte que vous apercevez déjà des girafes en bordure de route.
Le parc national de Mikumi est constamment sous-estimé. Son accessibilité — moins de trois heures de Dar par n'importe quel itinéraire, sur une bonne route bitumée — pousse certains opérateurs à le traiter comme un simple lieu de passage, une introduction d'une seule nuit avant les destinations du sud plus sérieuses. Mais Mikumi récompense le voyageur qui prend son temps. La plaine inondable de Mkata est réellement productive : des prides de lions travaillent le terrain ouvert, des troupeaux de buffles de plusieurs centaines de têtes traversent la plaine tôt le matin, et des groupes familiaux d'éléphants se déplacent à travers les corridors d'arbres fiévreux le long de la rivière Mkata, selon un rythme qui n'a que faire de votre itinéraire. Deux nuits ici sont le minimum pour voir le parc dans toute son étendue — la lumière de l'aube, celle du crépuscule, l'immobilité de midi, et le drame nocturne dont on lit les traces au bord du point d'eau le lendemain matin.
Le troisième jour apporte le tournant qui rend cet itinéraire si intéressant. Après un safari matinal en 4x4 à Mikumi, une heure de route vers le sud sur route bitumée mène au parc national des monts Udzungwa — une Tanzanie complètement différente de tout ce qui l'entoure. Aucune route à l'intérieur du parc, aucun véhicule de safari, aucun Big Five. Vous laissez le véhicule à la porte du village de Mang'ula et partez à pied. Le sentier des chutes de Sanje traverse trois zones forestières distinctes de la forêt tropicale de l'Arc oriental — l'un des trente-cinq points chauds de biodiversité au monde — jusqu'à une cascade de cent quatre-vingts mètres qui se déverse en trois paliers dans un bassin suffisamment frais pour rendre l'ascension gratifiante. Les primates endémiques sont le véritable attrait : le colobe roux d'Iringa, un colobe roux et noir que l'on ne trouve que dans ces montagnes, traverse bruyamment la canopée en troupes de vingt individus ou plus. Le mangabey de Sanje, à crête grise et en danger, nommé d'après la cascade même que vous escaladez, était inconnu de la science jusqu'en 1979.
Le retour à Dar le quatrième jour se fait en cinq heures sur route bitumée via Morogoro — un trajet simple qui arrive en ville en fin d'après-midi. Le train à l'aller, le contraste entre les deux parcs, et le retour par la route donnent à cet itinéraire une forme claire : arriver par le rail, safari en véhicule et à pied, retour par la route. C'est la différence entre un voyage qui mène quelque part et un voyage qui mène quelque part avec une histoire à raconter.