Dar es Salaam à Nyerere -- Vers la plus grande étendue sauvage d'Afrique
Le circuit du sud ne commence pas à Arusha mais à Dar es Salaam, l'immense capitale tanzanienne sur l'océan Indien, et le changement d'atmosphère est immédiat. Aucune file de véhicules de safari devant un lodge de départ, aucun convoi filant vers le nord à travers des villes poussiéreuses. Vous êtes plutôt conduit au terminal domestique de l'aéroport international Julius Nyerere, où le comptoir d'enregistrement pour petits avions a le calme tranquille d'une gare routière régionale. Vos bagages sont pesés -- quinze à vingt kilogrammes par personne, uniquement des sacs souples, tout compris -- et vous embarquez à bord d'un Cessna Caravan ou d'un avion-brousse similaire, avec peut-être dix autres passagers, la plupart en route vers des camps que vous ne verrez jamais, car le parc dans lequel ils pénètrent est plus vaste que la Belgique. Le vol dure trente minutes. En contrebas, l'étalement de béton de Dar cède la place aux cocotiers et aux cultures vivrières, puis à une canopée ininterrompue de forêt de miombo qui s'étend jusqu'à chaque horizon. Vous pénétrez dans le parc national de Nyerere, anciennement la réserve de chasse du Selous, et depuis les airs, l'échelle est stupéfiante : plus de trente mille kilomètres carrés d'étendue sauvage protégée, la plus vaste d'Afrique, avec un secteur de tourisme photographique d'environ cinq mille kilomètres carrés dans la partie nord. Le reste est une zone de gestion de la faune, inhabitée et presque inconnue. Tandis que l'avion descend, la rivière Rufiji apparaît en contrebas -- un cours d'eau large et puissant, bordé de palmiers et flanqué de berges sablonneuses où des formes sombres, hippopotames ou peut-être troncs d'arbres, parsèment les hauts-fonds. Les roues touchent une piste de terre battue, la porte s'ouvre, et l'air humide et chargé de senteurs végétales de la brousse méridionale envahit la cabine. Votre guide vous accueille à la piste d'atterrissage avec un véhicule déjà chargé de glacières et de jumelles. Le trajet jusqu'au camp traverse une forêt riveraine où des colobes se déplacent bruyamment dans la canopée et où des tantales ibis pataugent dans les hauts-fonds des lacs en croissant. Après votre installation dans votre hébergement -- un camp de tentes ou un lodge situé le long de la Rufiji ou de l'un de ses affluents -- l'après-midi se déroule autour de l'activité qui définit Nyerere et qui n'existe nulle part ailleurs sur le circuit nord : un safari en bateau sur la rivière Rufiji. Le bateau est une embarcation ouverte en aluminium équipée d'un moteur hors-bord silencieux, qui vous porte le long d'une rivière vivante en tous points. Des groupes d'hippopotames émergent autour de vous dans des soufflements explosifs, leurs oreilles roses frémissant tandis qu'ils suivent votre lent passage -- des groupes de vingt, trente, parfois quarante animaux entassés dans une même mare, leurs grognements territoriaux et leurs bâillements révélant des défenses longues comme votre avant-bras. Des crocodiles du Nil se prélassent sur chaque banc de sable, certains atteignant quatre mètres ou plus, parfaitement immobiles hormis le lent battement d'un œil froid tandis que vous dérivez à leur hauteur. Des éléphants boivent au bord de l'eau, leur trompe s'enroulant et se déroulant dans la lumière dorée de l'après-midi. Au-dessus, des aigles pêcheurs perchés dans des arbres morts lancent leur cri lancinant et descendant, la bande-son de tout cours d'eau africain. Des martins-pêcheurs huppés lancent des éclairs turquoise le long des berges, des guêpiers plongent en nuages de vert et d'or, et un héron goliath se tient immobile dans les hauts-fonds, tel un monument gris à la patience. Le safari en bateau offre une expérience si différente d'un safari en 4x4 qu'elle donne l'impression d'une tout autre forme de voyage -- intime, silencieuse, et profondément accordée au rythme de la rivière.
Activités
Nyerere






























